Otite chez le chat et le chien : reconnaître et traiter
L’otite représente l’une des affections les plus fréquentes chez les chiens et les chats, touchant près de 20% des chiens et 5 à 10% des chats au cours de leur vie. Cette inflammation du conduit auditif, souvent douloureuse, nécessite une prise en charge rapide pour éviter des complications potentiellement graves, notamment la perforation du tympan ou la propagation de l’infection à l’oreille moyenne et interne. La prévention fait partie intégrante des soins réguliers à prodiguer à votre animal.
Anatomie de l’oreille et types d’otites
Pour comprendre les otites, il faut d’abord appréhender la structure complexe de l’oreille canine et féline.
Structure de l’oreille chez le chien et le chat
L’oreille se divise en trois sections distinctes :
Oreille externe :
- Pavillon auriculaire (partie visible)
- Conduit auditif externe en forme de « L » (vertical puis horizontal)
- Glandes sébacées et cérumineuses produisant le cérumen
Oreille moyenne :
- Tympan (membrane séparant externe et moyenne)
- Cavité tympanique contenant les osselets
- Trompe d’Eustache (communication avec le pharynx)
Oreille interne :
- Cochlée (organe de l’audition)
- Système vestibulaire (équilibre)
Classification des otites selon leur localisation
Les otites se catégorisent selon la zone affectée :
Otite externe :
- Localisation : Conduit auditif externe uniquement
- Fréquence : 80-90% des otites
- Pronostic : Généralement favorable avec traitement adapté
- Causes : Parasites, allergies, corps étrangers, infections bactériennes ou fongiques
Otite moyenne :
- Localisation : Au-delà du tympan, dans la cavité tympanique
- Fréquence : Souvent secondaire à une otite externe négligée
- Pronostic : Nécessite traitement prolongé, risque de chronicité
- Complications : Perforation tympanique, infections récurrentes
Otite interne :
- Localisation : Structures profondes de l’oreille
- Fréquence : Rare, généralement par extension d’otite moyenne
- Pronostic : Réservé, peut entraîner des séquelles neurologiques
- Symptômes : Perte d’équilibre, nystagmus, surdité
La majorité des consultations concerne des otites externes dont le traitement précoce prévient l’évolution vers les formes plus graves.
Causes et facteurs prédisposants
Les otites résultent rarement d’une cause unique. Elles découlent généralement d’une combinaison de facteurs prédisposants, primaires et secondaires.
Facteurs anatomiques et génétiques
Certaines caractéristiques physiques augmentent significativement le risque :
Morphologie du conduit auditif :
- Oreilles tombantes (Cocker, Basset) : mauvaise aération favorisant l’humidité
- Conduits étroits ou poilus : accumulation de cérumen et débris
- Plis cutanés excessifs : environnement propice aux infections
Prédispositions raciales :
| Race | Facteur de risque | Particularité |
|---|---|---|
| Cocker Spaniel | ×5-7 | Oreilles lourdes, canaux étroits |
| Shar-Pei | ×4-5 | Canaux très étroits |
| Labrador | ×3-4 | Allergies fréquentes, aime l’eau |
| Bouledogue | ×3-4 | Plis cutanés, allergies |
| Berger Allemand | ×2-3 | Allergies environnementales |
| Persian (chat) | ×3-4 | Face aplatie, canaux étroits |
Causes primaires d’otites
Ces facteurs déclenchent directement l’inflammation :
Parasitaires :
- Otodectes cynotis (gale des oreilles) : 50% des otites félines, 10% canines
- Démodécie (Demodex canis)
- Sarcoptes scabiei
- Pour prévenir ces parasites, consultez notre guide sur la prévention antiparasitaire
Allergiques (cause #1 chez le chien adulte) :
- Dermatite atopique (allergènes environnementaux)
- Allergie alimentaire
- Dermatite de contact
Corps étrangers :
- Épillets (graminées) : très fréquents en été
- Sable, eau, débris végétaux
- Poils accumulés
Maladies auto-immunes et hormonales :
- Hypothyroïdie
- Syndrome de Cushing
- Lupus érythémateux
Infections secondaires
Les bactéries et champignons colonisent l’environnement inflammatoire créé par les causes primaires :
Bactéries :
- Staphylococcus pseudintermedius (50-70% des cas)
- Pseudomonas aeruginosa (otites chroniques, résistant)
- Proteus spp.
- E. coli
Champignons :
- Malassezia pachydermatis (levure, 30-50% des otites)
- Aspect brunâtre/cireux du cérumen
L’infection seule n’est généralement pas la cause initiale mais aggrave considérablement l’inflammation.
Symptômes et signes cliniques
Reconnaître précocement une otite permet d’éviter l’aggravation et les complications.
Manifestations comportementales
Votre animal présente souvent des changements de comportement évocateurs :
Signes de douleur et d’inconfort :
- Secouements fréquents de la tête
- Grattage intense de l’oreille concernée
- Frottement de la tête contre le sol, les meubles
- Gémissements ou cris lors du toucher de l’oreille
- Port de tête penché du côté atteint
- Réticence à se laisser caresser la tête
Modifications comportementales :
- Irritabilité inhabituelle
- Retrait social, recherche de solitude
- Troubles du sommeil (réveils fréquents)
- Perte d’appétit (douleur lors de la mastication par proximité anatomique)
- Ces changements peuvent aussi signaler d’autres problèmes de santé chez le chat
Ces signes peuvent être unilatéraux (une seule oreille) ou bilatéraux selon l’étendue de l’affection.
Observations visuelles et olfactives
L’examen externe de l’oreille révèle généralement des anomalies visibles :
Aspect du pavillon et du conduit :
- Rougeur (érythème) du pavillon interne
- Gonflement du conduit auditif (rétrécissement visible)
- Présence de sécrétions/écoulements
- Croûtes, squames, excoriations
- Présence de parasites (points noirs mobiles)
Caractéristiques des sécrétions :
| Type | Couleur/Texture | Cause probable |
|---|---|---|
| Cérumen normal | Jaune clair/beige, cireux | Aucune |
| Parasitaire | Noir, grumeleux, sec | Otodectes |
| Bactérien | Jaune-vert, purulent | Infection bactérienne |
| Levures | Brun foncé, gras, abondant | Malassezia |
| Chronique | Gris-noir, épais | Inflammation ancienne |
Odeur :
- Otite à levures : odeur caractéristique de “fromage” ou “levure”
- Otite bactérienne : odeur putride, nauséabonde
- Otite normale : légère odeur de cérumen
Signes de complications graves
Certains symptômes indiquent une extension de l’infection ou des dommages neurologiques :
- Syndrome vestibulaire : perte d’équilibre, démarche en cercle, chutes
- Syndrome de Horner : paupière tombante, pupille rétrécie du côté atteint
- Paralysie faciale : asymétrie du visage, difficulté à fermer l’œil
- Surdité : absence de réaction aux stimuli sonores
- Nystagmus : mouvements oculaires involontaires et rapides
Ces manifestations nécessitent une consultation d’urgence, car elles signalent une atteinte de l’oreille moyenne ou interne.
Diagnostic vétérinaire
Le diagnostic précis d’une otite nécessite une consultation vétérinaire. L’auto-médication risque d’aggraver la situation ou de masquer temporairement les symptômes sans traiter la cause sous-jacente.
Examen otoscopique
Le vétérinaire utilise un otoscope pour explorer le conduit auditif et évaluer :
- Degré d’inflammation : Œdème, rétrécissement du canal
- Présence de corps étranger : Épillets, débris
- Quantité et nature des sécrétions
- État du tympan : Intégrité, perforation éventuelle, opacité
- Masses ou polypes : Tumeurs, excroissances
Parfois, l’inflammation rend impossible l’examen complet, nécessitant une sédation légère.
Analyses complémentaires
Plusieurs examens permettent d’identifier la cause exacte :
Cytologie auriculaire :
- Prélèvement de sécrétions examinées au microscope
- Identification : bactéries, levures, parasites, cellules inflammatoires
- Coût modeste, résultats immédiats
- Guide le choix du traitement initial
Culture et antibiogramme :
- Prélèvement mis en culture pour identifier bactéries spécifiques
- Test de sensibilité aux antibiotiques
- Indiqué en cas d’otite chronique, récidivante ou résistante
- Résultats en 3-5 jours
Imagerie médicale :
- Radiographies : Visualisation des cavités tympaniques (otite moyenne)
- Scanner (CT) : Examen le plus précis pour otites chroniques
- IRM : Suspicion d’atteinte neurologique ou tumorale
- Nécessite généralement une anesthésie générale
Biopsie :
- Prélèvement de tissu en cas de masse suspecte
- Analyse histopathologique pour exclure processus tumoral
Identification des causes sous-jacentes
Pour éviter les récidives, le vétérinaire recherche systématiquement :
- Tests allergiques : Alimentaires (régime d’éviction) ou environnementaux
- Bilan hormonal : Thyroïde, cortisolémie
- Examen dermatologique complet : Recherche d’atopie généralisée
Une otite chronique ou récidivante justifie toujours cette investigation approfondie.
Traitements médicaux
Le traitement d’une otite varie considérablement selon la cause identifiée, la sévérité et la localisation de l’inflammation.
Nettoyage auriculaire
Première étape essentielle avant tout traitement :
Objectifs :
- Éliminer l’excès de cérumen et sécrétions
- Permettre la pénétration des médicaments
- Rétablir un environnement sain
Technique :
- Application généreuse de solution nettoyante dans le conduit
- Massage doux de la base de l’oreille (30 secondes)
- Laisser l’animal secouer la tête
- Essuyer délicatement le pavillon avec compresse
Fréquence : Quotidienne à biquotidienne selon prescription, diminuant progressivement.
Solutions recommandées :
- Nettoyants doux non irritants (Epi-Otic, Otoclean)
- Éviter produits alcoolisés sur oreilles inflammées
- Eau oxygénée contre-indiquée (irritante)
Traitements topiques
Les gouttes auriculaires constituent le traitement de première intention pour les otites externes non compliquées :
Compositions courantes :
| Type | Composants | Indications | Exemples |
|---|---|---|---|
| Triple action | Antibiotique + Antifongique + Anti-inflammatoire | Otites infectieuses mixtes | Easotic, Osurnia |
| Antiparasitaire | Sélamectine, Moxidectine | Gale des oreilles | Stronghold Plus |
| Antifongique | Miconazole, Clotrimazole | Malassezia | Surolan |
| Corticoïde seul | Hydrocortisone | Inflammation sans infection | Otomax |
Durée de traitement : 7 à 21 jours selon sévérité, avec réévaluation vétérinaire systématique.
Technique d’application :
- Nettoyage préalable (attendre 15-30 minutes avant traitement)
- Instillation du nombre de gouttes prescrit
- Massage de la base de l’oreille
- Ne pas laisser l’animal secouer immédiatement
Traitements systémiques
Pour les otites moyennes, chroniques ou sévères, un traitement oral ou injectable est nécessaire :
Antibiotiques :
- Amoxicilline-acide clavulanique (première intention)
- Fluoroquinolones (Marbofloxacine) pour Pseudomonas
- Durée : 3-6 semaines minimum pour otite moyenne
Antifongiques systémiques :
- Kétoconazole, Itraconazole (infections Malassezia réfractaires)
- Nécessite surveillance hépatique
Anti-inflammatoires :
- Corticoïdes oraux (Prednisolone) pour réduire inflammation sévère
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (Meloxicam) si douleur importante
Traitement des causes sous-jacentes :
- Antihistaminiques ou immunothérapie (allergies)
- Supplémentation thyroïdienne (hypothyroïdie)
- Régime hypoallergénique (allergie alimentaire)
Interventions chirurgicales
Dans les cas d’otites chroniques réfractaires avec modifications irréversibles du conduit :
Ablation du conduit auditif vertical (VECA) :
- Retrait de la portion verticale sténosée
- Préserve l’audition
- Indication : Otite externe chronique sévère
Ostéotomie de la bulle tympanique (TECA-LBO) :
- Ablation complète du conduit + curetage de la bulle tympanique
- Perte d’audition mais résolution définitive
- Indication : Otite moyenne chronique, tumeurs, calcifications
Ces chirurgies constituent un dernier recours après échec des traitements médicaux.
Prévention et gestion des récidives
La prévention est essentielle, particulièrement pour les races prédisposées et les animaux ayant déjà présenté des otites.
Hygiène auriculaire préventive
Un entretien régulier réduit significativement les risques :
Fréquence recommandée :
- Chiens à oreilles tombantes : hebdomadaire
- Chiens à oreilles dressées : bimensuel
- Après baignade : nettoyage systématique
- Chats : mensuel sauf prédisposition
Produits adaptés :
- Solutions nettoyantes douces vétérinaires
- Jamais de cotons-tiges dans le conduit (risque de perforation, tassement)
- Séchage soigneux après bains et baignades
Pour plus de détails sur l’entretien auriculaire, consultez notre guide du toilettage canin.
Gestion des facteurs de risque
Selon la cause identifiée, des mesures spécifiques s’imposent :
Allergies :
- Régime alimentaire hypoallergénique strict avec une alimentation adaptée
- Évitement des allergènes environnementaux identifiés
- Immunothérapie (désensibilisation) si indiquée
Prédispositions anatomiques :
- Épilation régulière des poils du conduit auditif
- Surveillance accrue en période humide
- Consultation préventive semestrielle
Activités aquatiques :
- Protection des oreilles lors des baignades (bouchons)
- Séchage immédiat et complet après exposition à l’eau
- Instillation de solution asséchante post-baignade
Surveillance et consultation précoce
La détection précoce permet un traitement simple et efficace :
Inspections régulières à domicile :
- Examen hebdomadaire du pavillon auriculaire
- Vigilance aux premiers signes (grattage, secouements)
- Consultation dès apparition de symptômes
Suivi vétérinaire :
- Contrôle systématique 7-10 jours après début du traitement
- Bilan annuel incluant examen auriculaire
- Approche proactive pour animaux à risque
Ne jamais réutiliser un traitement d’otite précédent sans consultation : chaque otite peut avoir une cause différente nécessitant un traitement spécifique. Gardez votre trousse de premiers secours à jour pour réagir rapidement en cas d’urgence.
Conclusion
L’otite chez le chien et le chat, bien que fréquente, ne doit jamais être banalisée. Cette affection douloureuse nécessite un diagnostic précis et un traitement adapté pour éviter chronicité et complications. La reconnaissance précoce des symptômes et la consultation rapide d’un vétérinaire constituent les clés d’une résolution efficace. Pour les animaux prédisposés, un entretien auriculaire préventif régulier et la gestion des facteurs de risque réduisent considérablement l’incidence des récidives. N’oubliez pas qu’une otite récurrente cache souvent une cause sous-jacente (allergie, trouble hormonal) qu’il convient d’identifier et de traiter pour obtenir une guérison durable et améliorer durablement la qualité de vie de votre compagnon.