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Soins Animaux

Otite chez le chat et le chien : reconnaître et traiter

9 min de lecture

L’otite représente l’une des affections les plus fréquentes chez les chiens et les chats, touchant près de 20% des chiens et 5 à 10% des chats au cours de leur vie. Cette inflammation du conduit auditif, souvent douloureuse, nécessite une prise en charge rapide pour éviter des complications potentiellement graves, notamment la perforation du tympan ou la propagation de l’infection à l’oreille moyenne et interne. La prévention fait partie intégrante des soins réguliers à prodiguer à votre animal.

Anatomie de l’oreille et types d’otites

Pour comprendre les otites, il faut d’abord appréhender la structure complexe de l’oreille canine et féline.

Structure de l’oreille chez le chien et le chat

L’oreille se divise en trois sections distinctes :

Oreille externe :

  • Pavillon auriculaire (partie visible)
  • Conduit auditif externe en forme de « L » (vertical puis horizontal)
  • Glandes sébacées et cérumineuses produisant le cérumen

Oreille moyenne :

  • Tympan (membrane séparant externe et moyenne)
  • Cavité tympanique contenant les osselets
  • Trompe d’Eustache (communication avec le pharynx)

Oreille interne :

  • Cochlée (organe de l’audition)
  • Système vestibulaire (équilibre)

Classification des otites selon leur localisation

Les otites se catégorisent selon la zone affectée :

Otite externe :

  • Localisation : Conduit auditif externe uniquement
  • Fréquence : 80-90% des otites
  • Pronostic : Généralement favorable avec traitement adapté
  • Causes : Parasites, allergies, corps étrangers, infections bactériennes ou fongiques

Otite moyenne :

  • Localisation : Au-delà du tympan, dans la cavité tympanique
  • Fréquence : Souvent secondaire à une otite externe négligée
  • Pronostic : Nécessite traitement prolongé, risque de chronicité
  • Complications : Perforation tympanique, infections récurrentes

Otite interne :

  • Localisation : Structures profondes de l’oreille
  • Fréquence : Rare, généralement par extension d’otite moyenne
  • Pronostic : Réservé, peut entraîner des séquelles neurologiques
  • Symptômes : Perte d’équilibre, nystagmus, surdité

La majorité des consultations concerne des otites externes dont le traitement précoce prévient l’évolution vers les formes plus graves.

Causes et facteurs prédisposants

Les otites résultent rarement d’une cause unique. Elles découlent généralement d’une combinaison de facteurs prédisposants, primaires et secondaires.

Facteurs anatomiques et génétiques

Certaines caractéristiques physiques augmentent significativement le risque :

Morphologie du conduit auditif :

  • Oreilles tombantes (Cocker, Basset) : mauvaise aération favorisant l’humidité
  • Conduits étroits ou poilus : accumulation de cérumen et débris
  • Plis cutanés excessifs : environnement propice aux infections

Prédispositions raciales :

Race Facteur de risque Particularité
Cocker Spaniel ×5-7 Oreilles lourdes, canaux étroits
Shar-Pei ×4-5 Canaux très étroits
Labrador ×3-4 Allergies fréquentes, aime l’eau
Bouledogue ×3-4 Plis cutanés, allergies
Berger Allemand ×2-3 Allergies environnementales
Persian (chat) ×3-4 Face aplatie, canaux étroits

Causes primaires d’otites

Ces facteurs déclenchent directement l’inflammation :

Parasitaires :

  • Otodectes cynotis (gale des oreilles) : 50% des otites félines, 10% canines
  • Démodécie (Demodex canis)
  • Sarcoptes scabiei
  • Pour prévenir ces parasites, consultez notre guide sur la prévention antiparasitaire

Allergiques (cause #1 chez le chien adulte) :

  • Dermatite atopique (allergènes environnementaux)
  • Allergie alimentaire
  • Dermatite de contact

Corps étrangers :

  • Épillets (graminées) : très fréquents en été
  • Sable, eau, débris végétaux
  • Poils accumulés

Maladies auto-immunes et hormonales :

  • Hypothyroïdie
  • Syndrome de Cushing
  • Lupus érythémateux

Infections secondaires

Les bactéries et champignons colonisent l’environnement inflammatoire créé par les causes primaires :

Bactéries :

  • Staphylococcus pseudintermedius (50-70% des cas)
  • Pseudomonas aeruginosa (otites chroniques, résistant)
  • Proteus spp.
  • E. coli

Champignons :

  • Malassezia pachydermatis (levure, 30-50% des otites)
  • Aspect brunâtre/cireux du cérumen

L’infection seule n’est généralement pas la cause initiale mais aggrave considérablement l’inflammation.

Symptômes et signes cliniques

Reconnaître précocement une otite permet d’éviter l’aggravation et les complications.

Manifestations comportementales

Votre animal présente souvent des changements de comportement évocateurs :

Signes de douleur et d’inconfort :

  • Secouements fréquents de la tête
  • Grattage intense de l’oreille concernée
  • Frottement de la tête contre le sol, les meubles
  • Gémissements ou cris lors du toucher de l’oreille
  • Port de tête penché du côté atteint
  • Réticence à se laisser caresser la tête

Modifications comportementales :

  • Irritabilité inhabituelle
  • Retrait social, recherche de solitude
  • Troubles du sommeil (réveils fréquents)
  • Perte d’appétit (douleur lors de la mastication par proximité anatomique)
  • Ces changements peuvent aussi signaler d’autres problèmes de santé chez le chat

Ces signes peuvent être unilatéraux (une seule oreille) ou bilatéraux selon l’étendue de l’affection.

Observations visuelles et olfactives

L’examen externe de l’oreille révèle généralement des anomalies visibles :

Aspect du pavillon et du conduit :

  • Rougeur (érythème) du pavillon interne
  • Gonflement du conduit auditif (rétrécissement visible)
  • Présence de sécrétions/écoulements
  • Croûtes, squames, excoriations
  • Présence de parasites (points noirs mobiles)

Caractéristiques des sécrétions :

Type Couleur/Texture Cause probable
Cérumen normal Jaune clair/beige, cireux Aucune
Parasitaire Noir, grumeleux, sec Otodectes
Bactérien Jaune-vert, purulent Infection bactérienne
Levures Brun foncé, gras, abondant Malassezia
Chronique Gris-noir, épais Inflammation ancienne

Odeur :

  • Otite à levures : odeur caractéristique de “fromage” ou “levure”
  • Otite bactérienne : odeur putride, nauséabonde
  • Otite normale : légère odeur de cérumen

Signes de complications graves

Certains symptômes indiquent une extension de l’infection ou des dommages neurologiques :

  • Syndrome vestibulaire : perte d’équilibre, démarche en cercle, chutes
  • Syndrome de Horner : paupière tombante, pupille rétrécie du côté atteint
  • Paralysie faciale : asymétrie du visage, difficulté à fermer l’œil
  • Surdité : absence de réaction aux stimuli sonores
  • Nystagmus : mouvements oculaires involontaires et rapides

Ces manifestations nécessitent une consultation d’urgence, car elles signalent une atteinte de l’oreille moyenne ou interne.

Diagnostic vétérinaire

Le diagnostic précis d’une otite nécessite une consultation vétérinaire. L’auto-médication risque d’aggraver la situation ou de masquer temporairement les symptômes sans traiter la cause sous-jacente.

Examen otoscopique

Le vétérinaire utilise un otoscope pour explorer le conduit auditif et évaluer :

  • Degré d’inflammation : Œdème, rétrécissement du canal
  • Présence de corps étranger : Épillets, débris
  • Quantité et nature des sécrétions
  • État du tympan : Intégrité, perforation éventuelle, opacité
  • Masses ou polypes : Tumeurs, excroissances

Parfois, l’inflammation rend impossible l’examen complet, nécessitant une sédation légère.

Analyses complémentaires

Plusieurs examens permettent d’identifier la cause exacte :

Cytologie auriculaire :

  • Prélèvement de sécrétions examinées au microscope
  • Identification : bactéries, levures, parasites, cellules inflammatoires
  • Coût modeste, résultats immédiats
  • Guide le choix du traitement initial

Culture et antibiogramme :

  • Prélèvement mis en culture pour identifier bactéries spécifiques
  • Test de sensibilité aux antibiotiques
  • Indiqué en cas d’otite chronique, récidivante ou résistante
  • Résultats en 3-5 jours

Imagerie médicale :

  • Radiographies : Visualisation des cavités tympaniques (otite moyenne)
  • Scanner (CT) : Examen le plus précis pour otites chroniques
  • IRM : Suspicion d’atteinte neurologique ou tumorale
  • Nécessite généralement une anesthésie générale

Biopsie :

  • Prélèvement de tissu en cas de masse suspecte
  • Analyse histopathologique pour exclure processus tumoral

Identification des causes sous-jacentes

Pour éviter les récidives, le vétérinaire recherche systématiquement :

  • Tests allergiques : Alimentaires (régime d’éviction) ou environnementaux
  • Bilan hormonal : Thyroïde, cortisolémie
  • Examen dermatologique complet : Recherche d’atopie généralisée

Une otite chronique ou récidivante justifie toujours cette investigation approfondie.

Traitements médicaux

Le traitement d’une otite varie considérablement selon la cause identifiée, la sévérité et la localisation de l’inflammation.

Nettoyage auriculaire

Première étape essentielle avant tout traitement :

Objectifs :

  • Éliminer l’excès de cérumen et sécrétions
  • Permettre la pénétration des médicaments
  • Rétablir un environnement sain

Technique :

  1. Application généreuse de solution nettoyante dans le conduit
  2. Massage doux de la base de l’oreille (30 secondes)
  3. Laisser l’animal secouer la tête
  4. Essuyer délicatement le pavillon avec compresse

Fréquence : Quotidienne à biquotidienne selon prescription, diminuant progressivement.

Solutions recommandées :

  • Nettoyants doux non irritants (Epi-Otic, Otoclean)
  • Éviter produits alcoolisés sur oreilles inflammées
  • Eau oxygénée contre-indiquée (irritante)

Traitements topiques

Les gouttes auriculaires constituent le traitement de première intention pour les otites externes non compliquées :

Compositions courantes :

Type Composants Indications Exemples
Triple action Antibiotique + Antifongique + Anti-inflammatoire Otites infectieuses mixtes Easotic, Osurnia
Antiparasitaire Sélamectine, Moxidectine Gale des oreilles Stronghold Plus
Antifongique Miconazole, Clotrimazole Malassezia Surolan
Corticoïde seul Hydrocortisone Inflammation sans infection Otomax

Durée de traitement : 7 à 21 jours selon sévérité, avec réévaluation vétérinaire systématique.

Technique d’application :

  1. Nettoyage préalable (attendre 15-30 minutes avant traitement)
  2. Instillation du nombre de gouttes prescrit
  3. Massage de la base de l’oreille
  4. Ne pas laisser l’animal secouer immédiatement

Traitements systémiques

Pour les otites moyennes, chroniques ou sévères, un traitement oral ou injectable est nécessaire :

Antibiotiques :

  • Amoxicilline-acide clavulanique (première intention)
  • Fluoroquinolones (Marbofloxacine) pour Pseudomonas
  • Durée : 3-6 semaines minimum pour otite moyenne

Antifongiques systémiques :

  • Kétoconazole, Itraconazole (infections Malassezia réfractaires)
  • Nécessite surveillance hépatique

Anti-inflammatoires :

  • Corticoïdes oraux (Prednisolone) pour réduire inflammation sévère
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (Meloxicam) si douleur importante

Traitement des causes sous-jacentes :

  • Antihistaminiques ou immunothérapie (allergies)
  • Supplémentation thyroïdienne (hypothyroïdie)
  • Régime hypoallergénique (allergie alimentaire)

Interventions chirurgicales

Dans les cas d’otites chroniques réfractaires avec modifications irréversibles du conduit :

Ablation du conduit auditif vertical (VECA) :

  • Retrait de la portion verticale sténosée
  • Préserve l’audition
  • Indication : Otite externe chronique sévère

Ostéotomie de la bulle tympanique (TECA-LBO) :

  • Ablation complète du conduit + curetage de la bulle tympanique
  • Perte d’audition mais résolution définitive
  • Indication : Otite moyenne chronique, tumeurs, calcifications

Ces chirurgies constituent un dernier recours après échec des traitements médicaux.

Prévention et gestion des récidives

La prévention est essentielle, particulièrement pour les races prédisposées et les animaux ayant déjà présenté des otites.

Hygiène auriculaire préventive

Un entretien régulier réduit significativement les risques :

Fréquence recommandée :

  • Chiens à oreilles tombantes : hebdomadaire
  • Chiens à oreilles dressées : bimensuel
  • Après baignade : nettoyage systématique
  • Chats : mensuel sauf prédisposition

Produits adaptés :

  • Solutions nettoyantes douces vétérinaires
  • Jamais de cotons-tiges dans le conduit (risque de perforation, tassement)
  • Séchage soigneux après bains et baignades

Pour plus de détails sur l’entretien auriculaire, consultez notre guide du toilettage canin.

Gestion des facteurs de risque

Selon la cause identifiée, des mesures spécifiques s’imposent :

Allergies :

  • Régime alimentaire hypoallergénique strict avec une alimentation adaptée
  • Évitement des allergènes environnementaux identifiés
  • Immunothérapie (désensibilisation) si indiquée

Prédispositions anatomiques :

  • Épilation régulière des poils du conduit auditif
  • Surveillance accrue en période humide
  • Consultation préventive semestrielle

Activités aquatiques :

  • Protection des oreilles lors des baignades (bouchons)
  • Séchage immédiat et complet après exposition à l’eau
  • Instillation de solution asséchante post-baignade

Surveillance et consultation précoce

La détection précoce permet un traitement simple et efficace :

Inspections régulières à domicile :

  • Examen hebdomadaire du pavillon auriculaire
  • Vigilance aux premiers signes (grattage, secouements)
  • Consultation dès apparition de symptômes

Suivi vétérinaire :

  • Contrôle systématique 7-10 jours après début du traitement
  • Bilan annuel incluant examen auriculaire
  • Approche proactive pour animaux à risque

Ne jamais réutiliser un traitement d’otite précédent sans consultation : chaque otite peut avoir une cause différente nécessitant un traitement spécifique. Gardez votre trousse de premiers secours à jour pour réagir rapidement en cas d’urgence.

Conclusion

L’otite chez le chien et le chat, bien que fréquente, ne doit jamais être banalisée. Cette affection douloureuse nécessite un diagnostic précis et un traitement adapté pour éviter chronicité et complications. La reconnaissance précoce des symptômes et la consultation rapide d’un vétérinaire constituent les clés d’une résolution efficace. Pour les animaux prédisposés, un entretien auriculaire préventif régulier et la gestion des facteurs de risque réduisent considérablement l’incidence des récidives. N’oubliez pas qu’une otite récurrente cache souvent une cause sous-jacente (allergie, trouble hormonal) qu’il convient d’identifier et de traiter pour obtenir une guérison durable et améliorer durablement la qualité de vie de votre compagnon.

Mots-clés
otite santé auriculaire infections maladies courantes

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